L’improvisation au service de l’entreprise

une chaise sur une scène de théâtre

Au début, était l’improvisation… : cette remarque de démarrage a de quoi surprendre ! Dans un monde obsédé par la maîtrise, le contrôle, l’anticipation, suggérer que le mode originel de vie humaine était plutôt improvisé peut, j’en conviens, heurter.

Pour dissiper ce risque d’incompréhension, nous dirons simplement que l’humanité se définit au départ par rapport au local, c’est-à-dire par un vécu et une visualisation directe de son environnement immédiat.
Dans le monde post-moderne, la globalisation a eu pour effets délétères de brouiller les pistes, d’élargir le champ d’expérimentation directe et de faire perdre aux individus les repères des territoires traditionnels. Cela a pour conséquence une fragilisation de soi et des relations avec autrui.


Dans l’ancien monde plus local, les apprentissages et l’ordre se construisaient sur les rituels traditionnels. Le progrès se faisait largement par l’expérimentation in situ de nouvelles situations. On parlait d’apprentissage empirique.
Aujourd’hui, la donne est totalement chamboulée. Les rapports humains ont été tellement codifiés et théorisés, qu’il est devenu légitimement difficile, voire impossible, pour un individu de sentir clairement en lui les voies de progrès comportementaux.
Eloigné de lui-même, perdu dans ses repères historiques, l’homo-économicus cherche désespérément des recettes susceptibles de lui apporter des réponses dans sa recherche de progrès comportementaux et de stabilisation des émotions.

L’improvisation : chaos ou ordre ?

Je répondrais « les deux mon colonel ! ». Contrairement aux idées reçues, l’improvisation est tout sauf n’importe quoi. Cet art du comportement créatif, réactif, constructif et progressiste, bien que jamais préparé puisqu’en temps réel, ne fonctionne que parce qu’il répond à l’observance d’un certain nombre de lois rigoureuses et concrètes.

Ces lois sont par ailleurs particulièrement contraignantes lorsqu’on les redécouvre et cela vient précisément du fait qu’elles sont oubliées depuis fort longtemps. L’homme d’aujourd’hui l’ignore, mais il agit et réagit en mode quasi automatique, hors conscience, par réflexe. Il se croit éveillé, il est largement endormi et ses réveils ponctuels le plongent volontiers dans l’inquiétude ou l’angoisse.

L’improvisation ramène l’individu dans un monde fluctuant mais local, un monde où ses prochains sont proches, où les échanges sont humains, donc complexes et incontrôlables sauf… en observant un certain nombre de lois relationnelles naturelles. Ces lois sont entièrement contenues dans l’art de l’improvisation.

Quelles lois dans l’improvisation ?

- La première loi fondamentale de l’improvisation est l’écoute absolue. Il s’agit d’une écoute, non pas uniquement du dit mais aussi du non-dit. Elle est présence totale à l’autre.
- La seconde loi est le lâcher-prise. Notion souvent confondue avec l’abandon, alors qu’il s’agit en réalité d’un état d’acceptation toujours ouvert sur du possible.
- La troisième loi est la position d’allié : contrairement à tout ce qui est enseigné depuis des années, la position compétitive ne signifie en aucun cas qu’il faille être un ennemi ou un killer pour construire une relation client ou pour imposer une idée novatrice.

Ces 3 lois fondamentales se retrouvent tout naturellement dans le monde de l’entreprise.
Les managers en mal de Leadership, les commerciaux empêtrés dans des scripts bordés, les collaborateurs formatés sur des schémas relationnels basés sur le dominant-dominé, les métiers de service où le client est devenu le tyran relationnel chronique, les nombreux métiers d’ingénieurs où les cerveaux tournent majoritairement en mode théorique et conceptuel, sont autant de cas où l’on constate une véritable déficience des fonctions comportementales, dites du cerveau droit.

Tous déficients du cerveau droit ?

D’une certaine manière, oui ! Mais, restons sereins, les récentes découvertes sur le cerveau confirment aujourd’hui ce que la pratique régulière de l’improvisation déclenchent chez tous ceux qui s’y collent.   C’est-à-dire un progressif développement des fonctions liées au « cerveau droit » : créativité, réactivité, imagination, captation globale de l’environnement, intuition.
On constate un véritable rééquilibrage de l’utilisation des 2 hémisphères cérébraux et non plus les fonctions de l’hémisphère gauche encore largement majoritaire dans le monde de l’entreprise.
Le cerveau est très plastique, il apprend jusqu’à la fin de la vie et nous avons bel et bien de grandes marges d’apprentissage concret pour réanimer nos ressources oubliées.

- L’intuition : don de captation puissant qui ne se trompe jamais.
- L’Empathie : positionnement sauveur de bien des relations tendues.
- L’imagination et la créativité : devenues absolument nécessaires dans un monde désindustrialisé et plagieur comme le nôtre.
- L’Affirmation de soi : dans un monde anxiogène et flou.
- La conscience de soi : l’un des meilleurs outils pour mieux  vivre une situation déstabilisante.
- L’écoute absolue : voie royale vers la bienveillance…

Tous ces mécanismes sont contenus dans l’art d’improviser en toutes circonstances de notre vie.

Comment l’improvisation peut aider le monde de l’entreprise ?

Le monde de l’entreprise, quelle que soit sa dimension, fonctionne grâce aux femmes et aux hommes. Et ces gens sont tous en interrelation, en échange, en communication, en réunion, en négociation. Bref, ils vivent et travaillent ensemble. Or, l’avenir et le progrès d’une entreprise ne peuvent jamais durer si ces collaborateurs(trices), ses managers ou ses responsables continuent d’agir sans conscience et en étant isolé en eux-mêmes. Le simple problème récurrent de la gestion des conflits ou de la difficulté de conduire des changements exige que les individus concernés réapprennent à utiliser leurs puissantes ressources intérieures.

C’est du simple bon sens et c’est dans ce vaste champ-là que l’improvisation fait vraiment bouger les esprits et donc, les lignes !

Petit test personnel

Je vous invite à essayer l’attitude suivante dès que vous serez en discussion avec quelqu’un de votre entourage privé ou professionnel : 
Tachez d’écouter ce que l’autre vous dit sans vous laisser envahir par le « bla-bla » mental intérieur qui se manifeste alors même que votre interlocuteur vous cause. Simplement, accordez-lui votre présence totale sans chercher à exprimer tout de suite ce qui surgit en flux dans votre esprit.
Observez et vous verrez comment ensuite vous répondez. Vous serez sans doute surpris de votre façon de répondre…

Séverine Denis, Comédienne improvisatrice professionnelle, auteur
01/02/11
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