A quel âge devient-on « vieux » ?

Un homme d'un certain âge et des jeunes

A cette question volontairement provocatrice, aucune réponse précise ne peut être apportée. En effet, si avec l’âge apparaissent certains symptômes du vieillissement, il est possible de prendre de l’âge sans vieillir. Le vieillissement s’explique par des causes multiples. D’où l’importance des actions initiées à la fois par les entreprises et par les salariés eux-mêmes.

Prendre de l’âge sans vieillir

Le vieillissement est un phénomène continu et ne peut être associé à un seuil précis. Il est vrai que l’organisme se transforme au cours du temps et que l’âge s’accompagne notamment d’une baisse de certaines capacités fonctionnelles (force musculaire, vue, audition…), d’une plus grande fragilité articulaire et d’une moindre tolérance aux mauvaises conditions de l’environnement physique. Mais il faut impérativement distinguer âge et vieillissement : on peut être âgé sans être vieux.


Le vieillissement est un phénomène en partie social. Il réside plus dans la façon de percevoir les âges que dans une analyse objective et rationnelle des performances individuelles. L’âge ne peut être assimilé au déclin, comme cela est souvent le cas dans le monde du travail. De plus, en liaison avec les bouleversements qui ont amené chacun à mobiliser fréquemment ses capacités d’adaptation, on est aujourd’hui moins vieux à 50 ans que ne l’étaient les gens de 40 ans il y a une ou deux générations. Pour la plupart d’entre nous, la vieillesse mesurée à l’aune de notre condition physique, de la maladie et des handicaps débute beaucoup plus tard qu’autrefois. L’âge est d’autant moins un critère de mesure du vieillissement, que certaines capacités (ex. : les capacités intellectuelles) sont sensibles à l’entraînement et peuvent se maintenir au cours du temps, voire s’améliorer.

Identifier les caractéristiques et les causes réelles du vieillissement

Diverses études montrent que les capacités d’apprentissage ne sont affectées que tardivement. Les résultats des actions de formation dépendent moins de l’âge que de la volonté d’apprendre, du contexte professionnel et de l’entourage personnel de l’individu. Si la capacité d’assimilation rapide décroît avec l’âge (surtout s’il s’agit d’acquérir des connaissances très différentes de celles assimilées jusqu’ici), ce que les spécialistes appellent l’« intelligence cristallisée » (celle formée de l’ensemble des connaissances acquises et qui est largement influencée par l’environnement et la pratique intellectuelle), loin de diminuer avec l’âge progresse au cours du temps et ne décline que très tardivement. Enfin l’« intelligence fluide » (celle qui sert à la résolution des problèmes) diminue de façon plus lente encore, et donc ne touche pas les salariés encore en âge de travailler.

Si la mémorisation d’une grande quantité d’informations sans cohérence entre elles est plus difficile pour les plus âgés, les performances sont identiques quel que soit l’âge pour les informations structurées de façon logique. La faible utilisation – et non l’âge de l’individu – constitue le facteur de détérioration le plus actif de la mémoire. 

Chacun a son rythme de vieillissement lié à ses propres données physiologiques et à son histoire, mais également à des facteurs extérieurs. Ainsi la carrière dans l’entreprise, les formations reçues, la fréquence et la nature de la mobilité sont des éléments importants d’évolution personnelle. Par exemple, la capacité d’acquérir de nouvelles compétences diminue chez ceux qui occupent des emplois pour lesquels cette capacité n’a pas été bien utilisée, et cela quel que soit l’âge. Inversement, ceux qui apprennent le mieux sont ceux qui sont le plus habitués à apprendre, là encore quel que soit leur âge.

Le vieillissement est souvent d’origine organisationnelle, lié à certaines pratiques de l’entreprise. Développant la vulnérabilité, le travail est un facteur essentiel des transformations que connaît l’individu. Le caractère routinier de l’activité professionnelle – et non l’âge – impacte la capacité à résoudre des problèmes logiques. Il est source également de rigidité mentale : un travail routinier limite la flexibilité cognitive, c’est-à-dire la capacité à changer de logique de raisonnement.

L’importance des actions initiées par les entreprises

Pour répondre à la question initiale « A quel âge devient-on vieux ? », on doit hélas constater que dans nombre d’entreprises on devient vieux à 50 ans, voire plus tôt ! Avant 50 ans le collaborateur est sans âge, et à 50 ans il devient âgé : tout est expliqué en fonction de sa date de naissance. Parce que « âgé » le salarié serait « nécessairement » moins dynamique, moins réactif, peu motivé, plus rigide, peu mobile, particulièrement cher et très peu performant. Phénomène plus grave : l’âge n’est pas seulement le marqueur censé expliquer tel ou tel comportement, il est souvent aussi un critère « naturel » de gestion des Ressources Humaines. Ainsi, alors que les plus jeunes sont parés de toutes les vertus (la politique de « jeunisme » bien connue), les actions « papycides » des entreprises peuvent s’apparenter à de la discrimination, par exemple en matière de rémunération, de formation et d’évolution de carrière.

Si on ne peut, bien évidemment, considérer l’entreprise seule responsable du vieillissement de ses salariés, une vigilance minimum s’impose quant à l’analyse des impacts de sa politique de Ressources Humaines sur la santé physique et psychique de ses collaborateurs. De plus, le développement de l’employabilité de ceux-ci – qui passe à la fois par la formation et par la mobilité professionnelle – doit être un domaine d’action RH privilégié.

L’importance de l’image que les salariés ont d’eux-mêmes

Prendre de l’âge sans vieillir suppose que les seniors prennent conscience de leurs atouts. Ce qui n’est hélas pas toujours le cas. Pourtant ces atouts sont nombreux. Citons par exemple l’expérience, la bonne connaissance des hommes et des réseaux, la capacité de recul et de réflexion, la maturité, la sérénité et la disponibilité parfois plus importante que celle de certains jeunes. S’appuyer sur ses atouts permet à chacun de se voir différemment et d’être perçu différemment par autrui. D’être âgé sans être vieux et sans se sentir vieux.

Se sentir vieux s’explique en partie par le regard des autres. N’est-il pas étonnant d’être considéré comme vieux à 50 ans dans l’entreprise et jeune retraité à 60 ans ? Les seniors doivent impérativement cesser d’intérioriser l’image de « vieux » que les autres ont d’eux.

Gérard Lelarge, Consultant et formateur en RH
14/02/11
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