Ingrédient pour des changements plus sereins

Un homme qui fait ses cartons au travail

Le changement continuel est devenu la norme. Parfois, des voix s’élèvent pour dire leur fatigue du changement. Mais plus souvent, la fatigue reste silencieuse. Ou alors elle n’est dite que discrètement, indirectement… par l’intermédiaire d’un consultant par exemple. Dans certaines entreprises ou administrations, la fatigue du changement est devenue pesante.

Changeons-nous maladroitement, changeons-nous trop ? Il faut bien changer, pourtant. Et puis, nous avons tellement investi dans la conduite du changement, dans son accompagnement… Aurions-nous oublié quelque chose en chemin ? Quelque chose comme un ingrédient mystère ?


Quand le changement fatigue

Avant d’aborder ces questions, revenons sur ce qui fatigue dans le changement. Indéniablement, le changement a une influence sur la santé psychologique. D’abord, qu’il soit perçu comme une menace ou comme une opportunité, le changement est stressant. En effet, le stress est le siège de notre capacité d’adaptation. Or, cette capacité est inévitablement sollicitée lorsqu’on modifie l’environnement (de travail en l’occurrence).

Ensuite, le changement est toujours porteur d’incertitude. Il nourrit donc une certaine Anxiété : une Anxiété de performance. Nous aurons beau lire et relire Albert Hirschman (Develoment Projects Observed, 1967), et grâce à lui nous souvenir que si nous étions capables de tout prévoir nous n’avancerions pas, rien n’y changera : le changement est anxiogène. Dans le pire des cas, le changement est vécu comme une perte : « perte d’acquis », « perte de repères »… Dans ces cas-là, il génère des affects dépressifs.

L’ingrédient mystère

Il est vrai également que tout le monde ne souffre pas du changement. Certains individus affichent une endurance à toute épreuve. Qui sont ces individus ? Ce sont des individus dont la Confiance en soi est inébranlable. Cette Confiance en soi, en sa capacité à rebondir quoi qu’il arrive, offre un point d’appui, un socle, une zone de stabilité qui sécurise. D’une certaine manière, ce qui distingue les champions du changement, c’est qu’ils jouissent de quelque chose qui ne bouge pas avec les circonstances. Il existe bien un ingrédient mystère, c’est le non-changement.

Le souci, c’est que la confiance inébranlable est extrêmement rare. Les individus dont nous parlons sont exceptionnels. Une entreprise ne peut pas transformer tous ses salariés pour qu’ils acquièrent cette confiance en un temps limité. C’est strictement impossible : impossible psychologiquement, impossible économiquement.

L’écrasante majorité des gens a donc besoin qu’on lui apporte de l’extérieur ce socle sécurisant, ce point d’appui qui manque à l’intérieur de la personne. Dit autrement, une part de non-changement doit se loger dans le contexte de travail.

Penser au non-changement

Cet ingrédient mystère ne pousse pas naturellement, il faut le cultiver. Malheureusement sa culture nous est devenue étrangère, car nous avons tous évolué dans un monde obnubilé par le changement. Dans le cadre d’un projet de transformation organisationnelle, nous utilisons des outils qui focalisent l’attention sur ce qui doit être changé. Et lorsque nous nous intéressons à ce qui ne change pas, nous considérons cela comme une insuffisance, comme une défaillance ou une résistance au changement. Aujourd’hui, c’est au non-changement que nous résistons principalement.

Changer sereinement suppose donc de se poser systématiquement la question : « Au fond, qu’est-ce qui ne va pas changer au cours de ce projet de transformation ? ». La question ne se pose pas en une ligne. Elle appelle un outil adapté, qui liste les grandes composantes du contexte de travail : les technologies, les modes opératoires, les structures formelles, les grands processus, les marchés, les compétences pertinentes, les locaux... Dans cette liste, chaque composante doit disposer d’une métrique qui permet de quantifier le changement, ligne par ligne. Et les calculs doivent permettre au final de mesurer un équilibre entre ce qui change et ce qui ne change pas.

En matière de santé psychologique, finalement, on en vient toujours à la même conclusion : tout est une question d’équilibre.

Olivier Tirmarche, Sociologue, consultant
07/12/10
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